Enfance volée, destin brisé ?

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Il est facile de fermer les yeux sur les situations de personnes qui nous mettent mal à l’aise. Il est commode de croire que tous les enfants naissent avec les mêmes chances d’avenir. Pourtant, en France, en 2016, 295 357 mineurs ont fait l’objet d’une mesure de protection de l’enfance, ajoutons à cela les enfants non pris en charge, les jeunes majeurs et les pupilles de l’État. Des chiffres dramatiques derrière lesquels des enfants en souffrance essayent de se tracer un chemin. Qui sont les enfants placés ? Comment avancer malgré le fardeau du passé ? Lumière sur ces profils mal-aimés aux potentiels multiples. 

Itinéraire d’un enfant placé 

Enfance d’errance 

La DDASS n’existe plus. L’habitude d’évoquer la Direction Départementale des Affaires Sanitaires et Sociales est restée pour évoquer les pauvres gosses, les enfants ballotés de famille en famille. Certains les traitent injustement de “cas socs’”, de “bâtards” ou “d’enfants de la DDASS”.

Ces enfants ont des trajectoires atypiques, souvent tragiques. Ils ont grandi avec de grandes carences affectives. Ils ont connu la violence, psychique, physique et/ou sexuelle. Au moins un de leurs parents, ou proche de la famille, n’a pas pu, de façon durable ou momentanée, assurer son rôle de protecteur et permettre à l’enfant de grandir en toute sécurité.

Quand les autres enfants quittaient l’école pour se blottir dans un cocon de tendresse, les enfants faisant l’objet d’un signalement social tremblaient sous les coups, les humiliations, l’indifférence. Il est injuste de penser que les enfants placés ne sont que le fait de parents méchants. Il existe aussi des situations de grande détresse économique, d’isolement, de perte de repères, de maladie qui engendrent des effets en cascade.

Ainsi, un parent qui se retrouve sans aucune ressource ne peut plus assurer le logement, l’hygiène et les repas de son enfant. Une jeune devenue mère beaucoup trop tôt pourra être dépassée par un enfant dont elle ne sait pas quoi faire. Un enfant dont les parents n’ont plus de titre de séjour peut voir son avenir bouleverser. Des parents aux prises avec des addictions auront perdu les notions de réalité et les enjeux d’éducation. Un parent dépressif aura envie d’intenter à ses jours sans prendre en compte l’enfant.

Les diversités de profil sont liées à des trames de vie. Mal être et tristesse à tous les étages. Les enfants, garçons ou filles, n’ont rien fait pour que leur vie bascule, parfois dès le plus jeune âge. L’école ou l’entourage soumet ses doutes sur une suspicion de maltraitance ou de situation difficile auprès de l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE). C’est le plus souvent le Juge des Enfants qui détermine comment mettre l’enfant à l’abri. Il est alors placé dans une famille d’accueil, une pouponnière, un village d’enfants ou une maison d’enfants à caractère social. Le but est que l’enfant soit mis à distance de son environnement habituel. Il grandit ainsi, tant bien que mal, de famille en foyer, traînant derrière lui un lourd baluchon. 

Vie d’adulte : un éléphant dans un magasin de porcelaine 

L’enfant placé a grandi. Sa personnalité s’est construite. Il/elle est aujourd’hui un(e) jeune presque adulte qui doit faire des choix pour son orientation et son insertion professionnelle. Les chiffres révèlent un parcours semé d’embûches. 40% des personnes SDF âgées de 18 à 24 ans sont issus des services sociaux. 30% des personnes de moins de 30 ans ayant recours à l’hébergement d’urgence et la restauration gratuite sont des enfants de l’ASE. Rien de surprenant, lorsqu’on sait que le jeune quitte le domicile entre 17 et 21 ans, quand les autres enfants sont encore en études.

L’aide financière s’interrompt d’un coup alors que sonne l’heure de la recherche de logement autonome. L’aide au RSA devra attendre encore quelques années, à moins de tomber enceinte dans un contexte déjà compliqué. Le(la) jeune n’a pas toujours quelqu’un sur qui compter, difficile dès lors d’obtenir un prêt, d’avoir un garant ou de trouver sa voie. À force de motivation et de courriers adaptés, le(la) jeune pourra de temps en temps prétendre à un Contrat Jeune Majeur. Il/elle se tournera le plus souvent vers une formation courte de type CAP, en dépit de ses aspirations, la survie avant tout.

Pourtant, certains jeunes s’en sortent. Ils apprivoisent leurs émotions ambigües, s’affranchissent du quand-dira-t-on, créent des existences qui les rendent fier(e)s. Ils construisent des familles, véritables ports d’ancrage, et façonnent des carrières motivantes. On ne choisit bien sûr pas sa famille, et les casseroles d’enfance peuvent être encombrantes, mais on peut échapper à son passé. Chacun(e) peut, à tout moment, décider d’agir pour écrire les lignes d’une autre histoire. Restera à la société à apprendre à faire confiance à ces enfants devenus grands. 

Perspectives : une vie après le placement 

Guerre et paix 

Déraciné(e), le cœur entre plusieurs familles, incompris(e), pas à sa place, en colère… Les sentiments sont nombreux à se percuter, se superposer, se succéder. Il est difficile de savoir qui l’on est quand notre enfance a été morcelée, chahutée entre inquiétude et instabilité. Ce bagage, c’est votre talon d’Achille, une faiblesse qui peut affleurer à chaque incertitude. C’est aussi la force d’une histoire qui a façonné la personne que vous êtes aujourd’hui. Vous avez appris à vous adapter, à devenir résilient, résistant. 

  • Vous méritez d’être aimé et vous parviendrez à aimer. 
  • Vous n’êtes pas responsable de votre passé, le futur est entre vos mains.
  • Vous avez de la valeur, du potentiel. – Vous n’êtes pas seul(e) 

Les alliés 

Certaines instances vous ont peut être décu(e). Vous avez le sentiment d’avoir subi les décisions vous concernant. Vous souhaitez (re)prendre votre vie en main. Vous pouvez sortir, rencontrer des jeunes, des professionnels, des personnes inspirantes. Vous pouvez notamment obtenir du soutien auprès de :

  • La mission locale. S’informer s’orienter, se former, obtenir des aides à la mobilité ou pour l’accès à la culture, faciliter les démarches, accompagner les projets. 
  • Les BIJ ou PIJ. Des informations sur la santé, le logement, les loisirs. 
  • Un(e) coach d’orientation. Une personne spécialisée dans l’accompagnement de personnes en difficulté pour vous soutenir et vous guider. 
  • L’association Repairs. Entraide, partage, culture,loisirs, soutien financier entre anciens de l’ASE 
  • La page Facebook Les Mômes de l’ASE contre-attaquent. Échanges et inspirations 
  • Un(e) psychologue. Prendre le temps de mettre des mots sur la souffrance pour s’accepter, prendre confiance en soi et construire un avenir plus serein. 
  • Rappel : Centre d’appel enfance en danger : 119. Gratuit, confidentiel, 24h/24, 7j/7 

Regards croisés 

Vous êtes un recruteur ou une personne chargée de formation. Vous avez croisé le profil d’un(e) jeune, ancien enfant de l’ASE et vous ne savez pas comment réagir. 

1. J’ai peur que ce(tte) jeune ne soit pas investi(e). 

Son parcours n’est certes pas linéaire, n’hésitez pas à échanger pour connaître sa motivation profonde. Il a sûrement plus besoin de cette expérience que vous ne le pensez.

2. Je n’ai pas confiance. 

La confiance est un pacte intime qui demande du temps et de l’application. Les mécanismes de défense de ce(tte) jeune sont sans doute plus vigilants que les vôtres encore. À vous de créer un terrain propice où vous apprendrez à vous fier l’un à l’autre. Avoir des responsabilités pourra l’aider à se sentir valorisé(e). 

3. Je crains le regard des autres (clients, équipe…) 

Il y a toujours des gens pour critiquer vos choix. Assumez vos décisions et soyez acteur du changement de mentalité.

4. J’ai peur qu’il(elle) me crée des problèmes. 

Le(la) jeune sorti(e) de l’ASE n’a pas choisi son vécu, il/elle n’a pas à être assimilé(e à un(e) délinquant(e)

5. J’ai peur que son niveau soit insuffisant. 

Son parcours scolaire a sûrement subi des hauts et des bas, en raison de sa situation plutôt que de ses compétences. Beaucoup de métiers peuvent s’apprendre sur le tas, pourvu qu’on nous donne l’aubaine d’y accéder. Soyez visionnaire, aidez le(la) jeune à apprendre ce dont il aura besoin pour réussir. 

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Infirmière de formation, la puéricultrice travaille auprès des enfants et de leurs parents. Elle encadre les auxiliaires de puériculture et les EJE.

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